Volume 3 — 2003
Yelo Molo
Faute d'être artiste, profession: commis?
Au moment où l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) tente de conscientiser le public concernant les conséquences du piratage sur Internet, les musiciens du groupe ska francophone Yelo Molo s'interrogent sur le bouleversement qu'a entraîné la prolifération des sites de partage de fichiers MP3.
Par Jean-Marie Martineau
Difficile d'échapper à ce questionnement, car au bout du compte, en copiant des fichiers musicaux, c'est le fruit du travail d'un artiste qu'on dérobe, le privant ainsi de sa principale source de revenus, laquelle lui permet, ultimement, de se consacrer à la création. Nombreux sont les fans qui nous contactent pour dire qu'ils viennent d'acheter l'album, qu'ils l'ont écouté quinze fois d'affilé et qu'ils aimeraient qu'on distribue les paroles des chansons. Seul problème, c'est que si l'album a été acheté en magasin, les paroles sont imprimées dessus, mon grand!
, lance Cocotte à la dérision.
Mal nécessaire?
C'est par contre un mal dont on ne saurait se passer, pense le groupe: Les jeunes sont de plus en plus en contact avec la technologie Internet, et c'est souvent par ce média qu'ils font la connaissance du groupe et de sa musique…
Cependant, poursuit Cocotte, Internet demeure un filon très mince pour la consommation commerciale de musique au Québec.
L'auteur-compositeur-interprète Richard Desjardins a une opinion bien arrêtée sur le sujet: Vous pourrez copier cet enregistrement lorsque je pourrai cloner ma bière
, peut-on lire sur la pochette de son plus récent album, Kanasuta (Foukinic, 2003).
Qui sait si les récentes démarches de l'ADISQ influenceront le marché? Avec le cynisme auquel il nous a habitué, l'animateur du vingt-cinquième Gala de l'ADISQ, Guy A. Lepage, faisait remarquer que le trafic de fichiers musicaux serait beaucoup plus facile à contrôler si Bell Sympatico et Vidéotron n'autorisaient pas le téléchargement de copies illégales sur leurs serveurs
.
C'est le public qui décide du sort d'un artiste, de son succès ou de son échec, ou les deux à la fois… Le public n'a toutefois pas l'habitude à la librairie de lire un livre d'une couverture à l'autre sans l'acheter, ni d'ailleurs l'habitude de manger au restaurant sans payer la note, ni de suivre un cours de peinture sans défrayer les frais de scolarité ni de… Pourquoi alors se livrer à la reproduction frauduleuse, sans acquitter les droits d'auteur et les frais de production?
La question est fondamentale, car il faut bien manger, avoir un toit sur la tête, payer son billet de métro, alouette… Et les premiers à payer le prix de la révolution en cours dans l'industrie musicale sont souvent les artistes qui obtiennent du succès auprès des jeunes.
Il sera curieux de constater le retour du cliché de l'artiste crevant de faim au vingt-et-unième siècle. Et d'autant plus paradoxal que ce ne sera pas faute de popularité ou de reconnaissance du milieu…
On sait que deux membres de Yelo Molo ont un sideline comme professeurs. Les autres restent discrets quant à leurs activités à l'extérieur du groupe, ce qui laisse supposer qu'ils font probablement du bénévolat comme ingénieurs en astrophysique… ou bien, comme dirait l'animateur de l'ADISQ, qu'ils occupent un poste de commis chez Tim Horton
!
