Volume 5, numéro 2 — Février 2005

The Toasters

Party Ska aux Foufounes électriques

Groupe incontournable de la scène ska, The Toasters n'a jamais cessé de sillonner les routes depuis ses débuts en 1981. Vous pourrez les voir sur scène ce mois-ci aux Foufounes électriques dans le cadre du spectacle organisé par Stomp Records pour célébrer dix ans de vrai bon ska.

Étrange d'inviter un groupe de New York dirigé par un Britannique pour célébrer le dixième anniversaire d'une maison de disques canadienne? Pas vraiment. Surtout lorsqu'on sait à quel point ce groupe a inspiré Matt Collyer, chanteur des Planet Smashers et cofondateur de Stomp Records. Rétrospective d'un groupe synonyme de ska partout dans le monde…

The Toasters

Le leader du groupe, Buck, travaillait pour une compagnie britannique qui l'a envoyé aux États-Unis pour virer des gens de leur boulot. Cette compagnie avait un commerce à New York qui ne marchait pas. Il devait remplacer les incompétents par des gens plus productifs, un poste de «hatchetman» censé durer six mois qui s'est finalement poursuivi, alors il a créé les Toasters à une époque où il n'y avait pas de groupe ska en Amérique du Nord, si bien qu'il a vite fallu créer une maison de disque, Moon Ska Records, pour sortir le premier simple (Bokson, 1998).

Les labels de New York se sont moqués de lui en 1982 lorsqu'il cherchait de l'équipement pour les Toasters. Ils appelaient ça de la «musique de cirque» et disaient que ça n'irait nulle part (Vardaro, 2004). Un million et demi de disques plus tard, le label créé dans son sous-sol laisse en héritage plusieurs des meilleurs titres ska des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix.

À neuf ans, Buck achète son premier disque. Son frère était skinhead en 1977, alors il a grandi avec le ska two-tone, qui a pris une grande place dans sa vie. Il s'est pointé à New York en 1980 et il est allé voir English Beats. Il n'y avait personne. Il a eu le flash de faire monter le ska aux États-Unis (Bokson, 1998).

Celui qui n'accepte pas le nouvel engouement autour de l'évolution du ska reconnaît bien sûr qu'il y a un nouvel élan pour ce style de musique depuis qu'il est mélangé avec le punk et le hardcore. Mais tout ce mouvement, qu'il aille aux oubliettes! Les punks qui font du ska parce que c'est cool ne l'intéressent pas, et il ne veut pas traiter avec eux. Pour lui, un groupe comme Rancid est cependant un cas d'exception parce que ses membres faisaient partie d'Operation IVY et qu'ils n'ont jamais changé de style. Cependant, des arnaqueurs comme Goldfinger, c'est de la merde des majors et il en a rien à branler (Bokson, 1998).

Cette attitude sans compromis se reflète d'ailleurs dans la vision de la nouvelle compagnie formée par Buck, Megalith Records, une maison de disques dont la cible est avant tout la ska traditionnel et son extension two-tone, à l'opposé des variations punk qu'a pu subir le ska depuis les années quatre-vingt (Vardaro, 2004).

Une des erreurs avec Moon Ska est qu'il l'a laissée devenir trop grosse, la rendant trop dépendante des réseaux de distribution. Cette fois-ci, il ne répétera pas l'erreur de laisser la maison progresser vers une direction où il ne veut pas aller. Avec Megalith, il veut rester fidèle à un cercle d'initiés et ne veut surtout pas devoir supplier pour obtenir l'argent que lui doivent les distributeurs indépendants — réputés pour être de mauvais payeurs. Il veut garder les choses simples, diminuer le nombre d'intermédiaires et maintenir les prix sous les dix dollars pour un album (Vardaro, 2004).

Il ne veut plus s'associer avec ceux qui l'ont floué chez Moon Records ni avec ceux qui font de la musique pour la célébrité ou l'argent. Sans un groupe comme The Pietasters, qui a brisé son contrat lorsqu'il a signé chez Epitaph après que beaucoup de dollars promotionnels eurent été investis, Moon Records serait encore en affaires (Vardaro, 2004). Bien sûr, elle aurait pu capitaliser sur de potentiels recours en justice contre ses transfuges, mais Buck n'a jamais cru à ce genre de vendetta.

Une autre chose que Buck a découvert avec Moon Ska et qu'il ne veut pas recréer avec Megalith est qu'il n'y a pas d'amis dans l'industrie de la musique. Les groupes utilisent l'argent du label pour se développer, mais dès qu'ils peuvent avoir un sous de quelqu'un d'autre, ils vont te poignarder dans le dos et s'en aller. C'est ce qui est arrivé avec beaucoup de groupes de l'écurie Moon Ska (Vardaro, 2004).

Il y avait aussi beaucoup de loups dans la bergerie: des groupes qui était là pour profiter de la vague. Certains de ces groupes ont plus tard déclaré à la presse alternative qu'ils ne faisaient pas du ska. Dès qu'une personne commence à changer de style parce qu'elle pense qu'elle peut faire plus d'argent, en tant qu'artiste, elle est finie, pense Buck (Vardaro, 2004).

Avec Megalith, Buck veut produire des gens qu'il connaît depuis des années comme les membres du New York Ska Jazz Ensemble, Victor Rice, King Django et The Toasters. Bref, des artistes qui ne sont pas là pour un faire un dollar rapidement, des artistes qui étaient là avant que les questions d'argent ne ruinent la musique et la scène ska. Croire à la musique: c'est la philosophie derrière le nouveau label (Vardaro, 2004).

Après que Moon Ska eut cessé ses activités, les Toasters sortent l'album Enemy of the System chez Asian Man Records (Californie) en 2002. C'était important pour le groupe, qui avait un ras-le-bol généralisé des affaires à cette époque, de ne pas s'encombrer d'un contrat de plusieurs albums assorti de toutes sortes de conditions contraignantes. Au moment où les membres du groupe s'interrogeaient sur l'après Moon Records, ils voulaient garder le plus d'options ouvertes. De plus, l'idée d'enregistrer un disque ska chez un label essentiellement punk leur semblait intéressante (Jackson, 2004).

En 2003, Stomp Records de Montréal (Québec), en association avec Megalith Records, réalise la compilation In Retrospect, qui réunit les plus grands succès des Toasters. Le premier DVD du groupe intitulé Little Hidden Secrets, suivra en 2005.

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